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Perturbateurs endocriniens : à 75% contre mais où en est la législation ?

Le 28 février dernier, le projet de réglementation des perturbateurs endocriniens par la Commission Européenne a échoué pour la troisième fois, faute d’accord entre les pays membres. Pourtant, on sait depuis plus de 15 ans que ces molécules sont capables d’interférer avec le système hormonal, notamment sur la fertilité, et sont également soupçonnées de causer de plus en plus de maladies chez l’homme.

Des chiffres alarmants

D’après le toxicologue André Cicolella, seuls 870 perturbateurs endocriniens ont été identifiés parmi les 143.000 substances chimiques présentes sur le marché aujourd’hui.

Pourtant, déjà en 2015, un sondage Harris Interactive montrait que 75% des Français seraient favorables à l’interdiction des perturbateurs endocriniens avérés.

Pour s’en protéger dans notre alimentation, l’association Santé France Environnement recommande de privilégier les produits biologiques, avec lesquels le risque d’exposition aux perturbateurs endocriniens diminue d’environ 80%.

Perturbateurs endocriniens, un problème de définition juridique

La définition des perturbateurs endocriniens retenue aujourd’hui a déjà 15 ans, elle a été donné en 2002 par l’Organisation mondiale de la santé, qui dépend de l’ONU : « un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange exogène, altérant les fonctions du système endocrinien et induisant de ce fait des effets néfastes sur la santé d’un organisme intact, de ses descendants ou de sous-populations. »

Il s’agit de substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle qui peuvent interférer avec le fonctionnement des glandes endocrines, responsables de la sécrétion des hormones. Un perturbateur endocrinien issu de substances chimiques peut mimer l’action d’une hormone naturelle, empêcher la transmission du signal hormonal et encore perturber la production ou la régulation des hormones ou de leurs récepteurs.

Parmi les substances suspectées d’être des perturbateurs endocriniens : les dérivés phénoliques et les phtalates (bisphénol A, paraben dans les désinfectants, plastiques et cosmétiques), pesticides (agriculture, jardinage), PCB, composés bromés, etc.

La loi française en avance sur la législation européenne

Depuis 2014, la stratégie nationale française consiste à réaffirmer la nécessité de protéger les populations vulnérables face à ces substances, d’autant plus souvent exposées à un cocktail de perturbateurs endocriniens. La France est le seul pays européen à avoir interdit le Bisphénol A dans tous les contenants alimentaires depuis 2015, quand l’Union européenne ne l’interdit que dans le procédé de fabrication des biberons.

Enfin, dans un avis du 29 juillet 2016, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire
de l’alimentation, de l’environnement et du travail), a classé les perturbateurs endocriniens en 3 catégories : avérés, suspectés, et présumés. Les substances suspectées d’altérer la reproduction humaine, de créer des troubles neurologiques, de favoriser le diabète ou les troubles immunitaires seront pris en compte. Toutefois, l’Anses a recommandé « de ne pas distinguer l’identification d’un perturbateur pour l’homme ou l’environnement ».

On attend donc toujours que la Commission Européenne réglemente le marché de ces perturbateurs endocriniens sur le territoire des pays-membres, mais elle devra d’abord faire face aux lobbies européens de la chimie et de l’industrie des pesticides

Sources : LCI, ANSES, Cancer Environnement