Le verre a toujours eu cette image rassurante de matériau noble, inerte, sans danger pour la santé. Face au plastique montré du doigt pour sa capacité à libérer des microplastiques dans ce qu’on avale, beaucoup ont pris l’habitude de privilégier systématiquement les bouteilles en verre, convaincus de faire le choix le plus sage. Sodas, bières, tout y passait, avec cette petite satisfaction de croire éviter un problème bien identifié. Sauf qu’une étude de l’Anses publiée en juin 2025 vient sérieusement rebattre les cartes. Les résultats, menés par une équipe de chercheurs, révèlent une réalité à laquelle presque personne ne s’attendait. Et une fois qu’on a compris d’où venait vraiment la contamination, impossible de regarder une bouteille de la même façon.
- Une étude de l'Anses (juin 2025) révèle que les bouteilles en verre contiennent 5 à 50 fois plus de microplastiques que le plastique ou la canette pour les sodas, thés glacés et bières
- Cette contamination provient des micro-éraflures sur la peinture des capsules métalliques, qui libèrent des particules dans le liquide
- L'eau et le vin échappent à ce phénomène avec des niveaux de contamination faibles, et aucune donnée toxicologique ne permet à ce jour d'évaluer le risque réel pour la santé
- Ce que révèle vraiment l’étude de l’Anses sur les microplastiques
- Pourquoi le verre n’est pas le contenant le plus sûr qu’on imagine
- Comment la peinture des capsules devient la source cachée de contamination
- L’eau et le vin, des exceptions qui brouillent les certitudes
- Ce que cette découverte change concrètement dans les choix de consommation
- Les questions qui restent sans réponse sur les risques pour la santé
Sommaire
Ce que révèle vraiment l’étude de l’Anses sur les microplastiques
L’étude a été menée par l’unité SANAQUA de l’Anses, basée à Boulogne-sur-Mer, sous la houlette de la doctorante Iseline Chaïb. Un travail de recherche co-financé par la région Hauts-de-France, l’Anses elle-même, le Contrat de plan État-région IDEAL et l’ANR via le programme IFSEA. L’objectif était simple sur le papier : mesurer la quantité de microplastiques présents dans différentes boissons, eau, soda, thé glacé, vin, bière, selon le type de contenant utilisé, verre, plastique, brique ou canette. Rien de bien sorcier a priori, sauf que le résultat obtenu a surpris jusqu’aux chercheurs eux-mêmes. Car c’est bien le verre, ce matériau perçu comme le plus sûr, qui s’est révélé être la source la plus importante de contamination pour plusieurs catégories de boissons.
Pourquoi le verre n’est pas le contenant le plus sûr qu’on imagine
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils ont de quoi faire tiquer. Pour les colas, les limonades, les thés glacés et les bières conditionnés en bouteilles en verre, les chercheurs ont mesuré environ 100 particules de microplastiques par litre en moyenne. Un volume qui représente entre 5 et 50 fois plus que ce qu’on retrouve dans les mêmes boissons vendues en plastique ou en canette. Autrement dit, le réflexe qui consistait à fuir le plastique pour se tourner vers le verre ne protégeait pas forcément de l’exposition aux microplastiques, bien au contraire. Cette découverte bouscule une idée reçue solidement ancrée et invite à relativiser l’idée selon laquelle le contenant résumerait à lui seul le niveau de contamination d’une boisson.
Comment la peinture des capsules devient la source cachée de contamination
Alors, d’où viennent ces fameuses particules ? Les chercheurs ont identifié la source avec une précision assez bluffante : il s’agit de la peinture des capsules métalliques qui ferment les bouteilles en verre. Ces capsules présentent des micro-éraflures invisibles à l’œil nu, provoquées par les frottements entre elles lors du stockage. Ces petites rayures, totalement indétectables au premier regard, libèrent progressivement des particules dans le liquide. Plusieurs indices viennent confirmer cette hypothèse : la couleur et la composition des microplastiques retrouvés dans les boissons correspondent exactement à celles de la peinture utilisée sur les capsules. Une piste d’action semble toutefois se dessiner pour les industriels, puisque nettoyer les capsules avant la fermeture des bouteilles pourrait réduire sensiblement cette contamination. Reste que l’origine des variations observées pour les autres boissons et contenants n’est, elle, pas encore expliquée.
L’eau et le vin, des exceptions qui brouillent les certitudes
Curieusement, toutes les boissons ne sont pas logées à la même enseigne. L’eau, par exemple, affiche une contamination globalement faible, quel que soit le contenant utilisé. Les chercheurs ont mesuré environ 4,5 particules par litre dans les bouteilles en verre, contre 1,6 particule par litre dans le plastique ou la brique. Le vin, de son côté, s’en sort tout aussi bien, avec un niveau de contamination réduit même lorsqu’il est conditionné en bouteille en verre fermée par un bouchon. Ces exceptions compliquent un peu la lecture du problème, car elles montrent que le mécanisme de contamination ne dépend pas uniquement du matériau du contenant. L’origine de ces variations pour les autres boissons ou contenants reste cependant inexpliquée et doit encore être explorée par les scientifiques.
Ce que cette découverte change concrètement dans les choix de consommation
Face à ces résultats, difficile de continuer à penser que le verre protège automatiquement de tout risque de contamination. L’étude invite plutôt à nuancer les certitudes toutes faites et à adopter un regard plus global sur la question. Quelques réflexes simples peuvent tout de même être gardés en tête :
- Garder à l’esprit que le contenant seul ne détermine pas le niveau d’exposition aux microplastiques.
- Privilégier l’eau et le vin ne constitue pas une garantie absolue, mais ces boissons affichent des niveaux de contamination plus faibles selon l’étude.
- Rester attentif aux futures communications de l’Anses, qui pourraient affiner ces résultats et proposer des recommandations plus précises.
- Comprendre que la piste de nettoyage des capsules par les industriels pourrait, à terme, réduire ce type de contamination.
Ce changement de perspective ne doit pas virer à l’angoisse permanente, mais plutôt inviter à une forme de lucidité tranquille. Boire un soda en bouteille en verre reste un plaisir simple, et il n’est pas question de s’en priver sur la base d’une seule étude, aussi sérieuse soit-elle.
Les questions qui restent sans réponse sur les risques pour la santé
C’est sans doute le point le plus important à retenir : à ce jour, aucune donnée toxicologique de référence ne permet de déterminer si ces quantités de microplastiques représentent un réel danger pour la santé. L’étude met en lumière une source de contamination jusque-là insoupçonnée, mais elle ne permet absolument pas de conclure que boire dans du verre serait plus risqué que boire dans du plastique ou de la canette. C’est une nuance essentielle, trop souvent oubliée dans les raccourcis qui circulent. Cette recherche a surtout le mérite de pointer une source concrète et potentiellement facile à corriger, ce qui représente déjà une avancée appréciable dans la compréhension globale de l’exposition aux microplastiques via l’alimentation.
Au final, cette étude rappelle une leçon assez précieuse : les certitudes toutes faites méritent toujours d’être questionnées, même les plus logiques en apparence. Le verre garde bien des qualités, mais il ne constitue clairement pas un bouclier absolu contre les microplastiques. De quoi continuer à savourer ses boissons préférées, tout simplement avec un regard un peu plus éclairé.

