Marie, 45 ans tout juste, pousse la porte de sa pharmacie de quartier pour un simple renouvellement d’ordonnance. Au détour de la conversation, son pharmacien lui glisse une information qui la laisse songeuse : elle a droit, cette année précisément, à un rendez-vous santé complet, entièrement gratuit, sans avance de frais. Une consultation de prévention taillée sur mesure pour son âge, qu’elle ignorait totalement. Comme elle, des millions de Français passent chaque année à côté d’un dispositif discret, pourtant lancé en grande pompe fin 2024 par l’Assurance maladie.
Ce rendez-vous porte un nom simple : Mon bilan prévention. Il s’adresse à quatre tranches d’âge bien précises et propose un temps d’échange privilégié avec un professionnel de santé, loin de l’urgence médicale habituelle. Un droit universel, une prise en charge à 100 %, et pourtant un silence assourdissant dans les salles d’attente. Comment un tel dispositif, censé transformer la prévention en France, peut-il rester à ce point méconnu ?
Sommaire
25, 45, 65, 75 ans : les quatre étapes de la vie où l’État vous offre un check-up complet
Entré en vigueur fin 2024, le dispositif Mon bilan prévention repose sur une idée simple : offrir à chaque assuré, à quatre moments charnières de sa vie, un temps d’échange complet avec un professionnel de santé pour faire le point sur ses habitudes et anticiper les risques. Les quatre âges retenus ne doivent rien au hasard. À 25 ans, on installe les bases d’une vie adulte autonome. À 45 ans, on entre dans la seconde moitié de la vie active, période où apparaissent souvent les premiers signaux d’alerte cardiovasculaires ou métaboliques. À 65 ans, l’arrivée à la retraite marque un tournant décisif. À 75 ans, il s’agit de préserver l’autonomie et de repérer les fragilités avant qu’elles ne s’installent. Le rendez-vous dure entre 30 et 45 minutes et aborde tour à tour le sommeil, l’alimentation, l’activité physique, la santé mentale, la consommation d’alcool ou de tabac, ainsi que les dépistages recommandés selon l’âge. Le tout est remboursé intégralement, sans avance de frais, ni condition de ressources.
Un rendez-vous en or… que personne ne réclame
Près de deux ans après son lancement, le constat interpelle : le taux de recours à ce bilan reste très en deçà des espérances des pouvoirs publics. Les campagnes de communication institutionnelles sont demeurées discrètes, éclipsées par d’autres priorités sanitaires. Résultat, la grande majorité des Français concernés ignore purement et simplement l’existence de ce droit. Le paradoxe est frappant : des professionnels sont habilités à réaliser ce bilan — médecins, pharmaciens, sages-femmes et infirmiers formés —, mais peu en parlent spontanément à leurs patients. Plusieurs raisons expliquent ce silence relatif. La rémunération de l’acte est jugée peu attractive par une partie des soignants. La formation spécifique, bien qu’accessible, n’a pas été suivie massivement. Enfin, dans des cabinets déjà saturés et des officines débordées, ce rendez-vous préventif passe souvent après les urgences du quotidien. Un dispositif taillé pour anticiper les maladies chroniques se retrouve ainsi dilué dans le flux ininterrompu des soins curatifs.
Comment décrocher son bilan sans se perdre dans les démarches
La bonne nouvelle, c’est que le parcours reste accessible pour qui sait où frapper. Trois voies principales s’offrent aux personnes concernées :
- Se connecter à Mon espace santé, où un questionnaire préparatoire peut être rempli en amont pour gagner du temps.
- Prendre rendez-vous via une plateforme comme Doctolib, en filtrant sur le motif « bilan de prévention ».
- Contacter directement son pharmacien, son médecin traitant, une sage-femme ou un infirmier formé, en demandant explicitement ce rendez-vous.
Le questionnaire préalable, appelé auto-questionnaire, permet au professionnel d’orienter l’échange sur les points sensibles : sommeil, stress, sédentarité, alimentation, consommations à risque. Le jour de la consultation, mieux vaut arriver avec quelques repères en tête : une idée de son activité physique hebdomadaire, un aperçu de son sommeil, une réflexion sur son moral. À l’issue du rendez-vous, un plan personnalisé de prévention est proposé, avec d’éventuelles orientations vers des dépistages, un accompagnement diététique, une aide au sevrage tabagique ou un suivi psychologique. Rien n’est imposé : tout repose sur la libre décision de la personne, éclairée par un échange bienveillant.
Ce bilan de prévention illustre un paradoxe bien français : un droit santé gratuit, pensé pour anticiper les maladies chroniques et préserver l’autonomie, mais noyé dans le silence médiatique. À l’approche de vos 25, 45, 65 ou 75 ans, un réflexe simple peut tout changer : demandez-le, il vous appartient déjà. Reste une question ouverte : combien de temps faudra-t-il encore pour que ce rendez-vous confidentiel devienne, dans les foyers français, une véritable habitude de santé au même titre que le rappel vaccinal ou le dépistage bucco-dentaire ?
