Le panier de l’airfryer tourne, les frites dorent, une légère fumée s’échappe de l’appareil posé sur le plan de travail. Et là, en refermant le couvercle, une petite voix s’invite dans la tête : et si ce revêtement noir et lisse qui empêche tout de coller finissait aussi par se retrouver dans l’assiette ? Les PFAS, ces fameux polluants éternels pointés du doigt depuis plusieurs années, ont de quoi semer le doute sur tous les ustensiles de cuisine antiadhésifs, et les airfryers n’échappent pas à la méfiance ambiante. Entre les signaux d’alerte sur ces substances chimiques et les promesses rassurantes des fabricants, difficile de savoir à qui faire confiance. Une étude en laboratoire menée sur six modèles parmi les plus répandus vient enfin trancher le débat avec des faits concrets.

À retenir
  • Aucun PFAS interdit (PFOA, PFOS, PFHxS) n'a été détecté dans les six airfryers testés en laboratoire par l'UFC-Que Choisir.
  • Le PTFE présent dans les revêtements ne libère de particules qu'à partir de 260°C, un seuil jamais atteint lors d'une utilisation normale de l'appareil.
  • Pour préserver le revêtement et éviter tout relargage, mieux vaut utiliser des ustensiles en bois ou en silicone plutôt que des ustensiles rugueux.

Pourquoi les airfryers sont-ils soupçonnés de contenir des PFAS dangereux

La méfiance ne sort pas de nulle part. Les PFAS, cette grande famille de substances chimiques utilisées pour leurs propriétés antiadhésives et résistantes à la chaleur, ont mauvaise réputation, et pour cause. Le PFOA, longtemps employé dans la fabrication des revêtements antiadhésifs, est classé cancérogène pour l’humain par le Centre international de recherche sur le cancer. Cette substance est aujourd’hui interdite de fabrication, d’importation et d’exportation en Europe, au même titre que le PFOS et le PFHxS, deux autres composés jugés trop toxiques pour continuer à circuler. Le souvenir d’une précédente enquête de l’UFC-Que Choisir, publiée en janvier 2024, n’a rien arrangé à l’affaire : des traces de PFAS avaient alors été détectées dans huit modèles de poêles antiadhésives testés, ainsi que dans une poêle en céramique pourtant présentée comme sans PFAS. De quoi légitimement se demander si les airfryers, qui fonctionnent eux aussi grâce à un revêtement antiadhésif chauffé à haute température, ne cachent pas le même type de surprise.

Ce que révèlent les analyses en laboratoire sur six modèles du marché

C’est précisément pour répondre à cette inquiétude que l’UFC-Que Choisir a fait analyser en laboratoire les revêtements antiadhésifs de six airfryers parmi les plus vendus. Les appareils testés couvrent un large éventail de marques populaires : deux modèles Ninja, un Philips, un Tefal, un Princess et un Inventum. Verdict des analyses, aucun des trois PFAS aujourd’hui interdits en raison de leur toxicité, le PFOA, le PFOS et le PFHxS, n’a été détecté dans ces revêtements. Une étude de Quechoisir.fr montre que ces six airfryers ne comportent pas de PFAS interdits en raison de leur nocivité, ce qui constitue une nouvelle plutôt rassurante pour tous ceux qui utilisent cet appareil au quotidien. Les analyses n’ont relevé que des fluoropolymères, dont le PTFE, principal composant du Téflon, une substance qui n’a pas d’effets délétères connus à ce jour aux températures de cuisson habituelles de ces appareils.

Peut-on vraiment utiliser son airfryer sans risque pour la santé

La bonne nouvelle, c’est que la science apporte ici un argument de poids. Pour que des particules de PTFE se libèrent et migrent vers les aliments, il faudrait que le revêtement atteigne une température de 260 degrés, un seuil que les airfryers n’atteignent tout simplement jamais lors d’une utilisation normale. Cela signifie que, dans les conditions habituelles de cuisson, le risque de contamination reste très faible. Un détail mérite toutefois l’attention, puisque le revêtement antiadhésif peut s’abîmer avec le temps, notamment à cause de rayures causées par des ustensiles trop agressifs. Pour limiter ce risque, mieux vaut privilégier des ustensiles en bois ou en silicone, histoire de préserver les parois et la grille le plus longtemps possible. Un geste simple qui coûte peu et qui permet de prolonger la durée de vie de l’appareil tout en évitant tout relargage inutile.

Ce qu’il faut retenir avant d’allumer votre airfryer au quotidien

Si la question sanitaire semble globalement levée, un autre sujet reste en suspens, celui de l’environnement. Les fluoropolymères comme le PTFE sont des substances particulièrement stables et persistantes dans la nature, ce qui pose question tant au moment de la fabrication des appareils qu’en fin de vie, lorsqu’il faut les éliminer. Sur le plan réglementaire, la loi du 27 février 2025 interdit depuis le 1er janvier 2026 la fabrication, l’importation, l’exportation et la mise sur le marché de certains produits contenant des PFAS, comme les cosmétiques, les farts à ski, les vêtements ou encore les chaussures. Les ustensiles de cuisine, dont font partie les poêles, casseroles et airfryers antiadhésifs, échappent pour l’instant à cette interdiction et restent autorisés à la vente. Le sujet continue toutefois d’agiter le secteur, puisque le 8 octobre 2026, les associations Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth ont mis en demeure un fabricant français d’ustensiles de cuisson au sujet de l’utilisation du PTFE dans ses revêtements antiadhésifs.

Voici donc ce qu’il faut garder en tête, pour cuisiner l’esprit tranquille :

  • Aucun PFAS interdit n’a été détecté dans les six airfryers testés en laboratoire
  • Le PTFE présent dans les revêtements ne libère pas de particules aux températures de cuisson habituelles
  • Privilégier des ustensiles en bois ou en silicone permet de préserver le revêtement
  • Les enjeux environnementaux liés à la fabrication et à l’élimination des fluoropolymères restent, eux, non résolus

Au final, pas besoin de reléguer l’airfryer au fond du placard. Les frites peuvent continuer à dorer tranquillement, en gardant simplement un œil sur l’état du revêtement et en lui évitant les mauvais traitements avec des ustensiles trop rugueux.