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#jesuisgrosdonc : le nouveau hastag contre la grossophobie

Crédits : IStock / nicoletaionescu

En 2016, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estimait qu’environ 13% des adultes étaient obèses. Ce chiffre pourrait atteindre 22% de la population mondiale d’ici à 2045. L’obésité étant un problème de société qui tend à augmenter avec les années, le clivage entre gros et minces a de beaux jours devant lui. Or, cela ne va pas sans s’accompagner de grossophobie, un néologisme qui désigne ” l’ensemble des attitudes et des comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes grosses, en surpoids ou obèses” selon le dictionnaire Robert. Aujourd’hui, la résistance contre la grossophobie s’organise donc. Après les hashtags contre les violences sexuelles, la toile s’empare de ce phénomène pour tenter de l’enrayer.

Un hashtag qui enfonce des portes ouvertes

Afin de dénoncer la grossophobie ordinaire, les hashtags #JeSuisGrosDonc et #JeSuisGrosseDonc ont vu le jour sur Twitter. À travers eux, ce sont des milliers de personnes qui racontent les préjugés dont ils sont victimes.

Bien sûr, ce phénomène est loin d’être nouveau et c’est en cela que ce hashtag enfonce des portes ouvertes. Toutefois, l’on s’expose de plus en plus sur les réseaux sociaux, tant en y partageant notre vie privée qu’en y publiant des photos souvent très normées, presque codifiées. Il n’y a alors pas de place pour la différence et l’on juge tout ce qui peut s’écarter de cette norme. Les réseaux sociaux concourent donc à cette fracture sociale entre les personnes au physique dit avantageux et les autres.

Le quotidien de la majorité des personnes grosses est donc parsemé d’agressions quotidiennes plus ou moins violentes qui peuvent se produire aussi bien sur les réseaux sociaux que dans le milieu professionnel ou privé. Elles peuvent alors avoir des effets sur leur santé physique et/ou psychologique.

Des causes multiples à l’obésité

Contrairement à la croyance populaire, l’obésité n’est pas seulement la conséquence d’une mauvaise alimentation.

Les facteurs génétiques

70 % des obèses ont au moins un parent qui est lui-même en surpoids. Certaines anomalies génétiques peuvent avoir pour conséquence la diminution de la dépense énergétique dans l’effort et même au repos. Toutefois, le plus souvent, il s’agit de mimétisme. En effet, les parents doivent inculquer des habitudes alimentaires à leurs enfants. Ainsi, si eux-mêmes n’arrivent pas à contrôler leur alimentation, le schéma aura tendance à se reproduire chez les enfants.

Les désordres alimentaires

L’obésité peut être liée à un apport calorique excessif, à une consommation trop importante de gras et de sucre. Les comportements compulsifs résultant de troubles psychologiques accentuent le phénomène.

Les troubles psychologiques

Le facteur génétique ou une alimentation trop riche ne peuvent pas à eux seuls expliquer l’obésité. Les personnes ont en général tendance à compenser quelque chose par la nourriture. Elle est vue comme un réconfort face à des difficultés trop difficiles à gérer. C’est la raison pour laquelle le traitement de l’obésité passe par la consultation d’un professionnel.

Le stress

Le stress fait partie des facteurs de prise de poids. Les glandes surrénales, situées au-dessus de chaque rein, se mettent alors à sécréter du cortisol, appelé aussi hormone du stress. Si ce taux est élevé de manière chronique, les graisses s’accumulent et sont stockées. La prise de poids est dans ce cas inévitable. Couplé à un désordre alimentaire, le cocktail peut être détonnant pour le corps.

La sédentarité

Devenue un problème de santé publique, la sédentarité touche aujourd’hui une grosse partie de la population. À titre d’illustration, en France, 90 % des étudiants entrant à la faculté ne pratiquent aucune activité physique. Cette habitude perdure ensuite dans la vie active. Le temps passé devant les écrans réduit d’autant les dépenses énergétiques et favorise l’obésité.

L’obésité augmente en outre le risque de développer de nombreuses pathologies et troubles de la santé, comme les maladies coronariennes, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, un haut taux de cholestérol et de triglycérides, les maladies du foie et de la vésicule biliaire, l’arthrose et les problèmes gynécologiques.

Fat woman
Crédits : IStock / pijama61

Une défiance générale

Si la toile s’enflamme concernant la grossophobie, le sujet a fait couler beaucoup d’encre concernant la prise en charge des patients obèses. Des scandales ont éclaboussé les professions de santé et de nombreux articles de presse relaient les attitudes déplacées de la part du corps médical envers les personnes grosses ou obèses.

Une étude publiée en 2015 dans le British Journal of Obesity a mis en lumière que les soignants jugent les personnes obèses comme “moins responsables” et “plus agaçantes” que les autres patients. Leur réaction peut aller de la simple remarque déplacée aux critiques et jugements violents. Ces attitudes poussent nombre de personnes en situation d’obésité à éviter les consultations médicales. Elles ne se font alors plus soigner, ce qui peut avoir des conséquences sur leur santé.

Enfin, les structures médicales ne sont pas toujours adaptées aux personnes obèses. Pendant de nombreuses années, et encore maintenant dans certains territoires, les personnes en surpoids doivent passer des examens cliniques dans des zoos, les scanners classiques et IRM ne permettant pas de supporter un poids supérieur à 150 kilos. L’orifice par lequel le patient doit passer mesure 135 centimètres de diamètre, ce qui n’est pas assez large pour une personne obèse. La seule solution pour détecter des tumeurs, des maladies pulmonaires ou des lésions cardiaques est donc de passer par les scanners ou IRM pour animaux. Des progrès sont réalisés en ce sens, même si le chemin est encore long.

Pour aller plus loin :