Un été qui n’en finissait plus, des vagues de chaleur qui s’enchaînaient presque sans respiration, et pourtant, un chiffre qui interroge : l’épisode le plus long jamais enregistré n’est pas celui qui a fait le plus de victimes. Étrange, non ? Alors que l’automne s’installe doucement et que les températures redeviennent enfin raisonnables, Santé publique France vient de livrer un bilan qui donne le vertige. Trois canicules, des milliers de décès, et un paradoxe qui mérite qu’on s’y attarde.

À retenir
  • Trois vagues de chaleur depuis fin mai ont causé près de 8 000 décès en excès, dont 5 764 pour la seule période du 17 juin au 2 juillet.
  • L'épisode du 27 juillet au 20 août, le plus long jamais enregistré, n'a causé "que" 817 décès, touchant presque exclusivement les personnes de 75 ans et plus.
  • Lors de ce troisième épisode, l'hôpital est devenu le principal lieu de décès (environ 50%), devant le domicile (25%) et les Ehpad (plus de 20%).

Un été sous tension : près de 8 000 morts en trois vagues de chaleur

Le constat est sans appel : depuis fin mai, la France a payé un lourd tribut à la chaleur. Selon le bilan provisoire de Santé publique France, publié ce mercredi 16 septembre, près de 8 000 décès en excès ont été enregistrés au fil de trois épisodes caniculaires distincts. Tout a commencé fin mai avec un pic précoce, plutôt discret avec 95 décès entre le 24 et le 28. Mais c’est l’épisode suivant, du 17 juin au 2 juillet, qui a véritablement marqué les esprits avec 5 764 morts excédentaires, un chiffre colossal. La vague suivante, du 3 au 20 juillet, a ensuite ajouté 1 243 décès au compteur. Guillaume Boulanger, de Santé publique France, résume la situation en évoquant un été « inédit », avec des canicules quasi continues bien au-dessus de la moyenne habituelle, qui ne représente en général que 5 % de la saison estivale. De quoi comprendre pourquoi cette période restera dans les mémoires.

Le paradoxe du troisième épisode : record de durée, mortalité en baisse

Et voilà le twist de l’histoire. L’épisode qui a duré du 27 juillet au 20 août, soit près d’un mois, détient le record absolu : le plus long épisode de chaleur jamais enregistré en France. Logiquement, on pourrait s’attendre à une hécatombe. Pourtant, avec 817 décès excédentaires répartis sur 79 départements, il s’avère nettement moins meurtrier que les deux précédents. Comment expliquer ce paradoxe ? La réponse tient en partie à qui a été touché. Cette fois, ce sont quasi exclusivement les personnes de 75 ans et plus qui ont payé le prix fort, avec 751 décès dans cette classe d’âge, contrairement aux épisodes précédents qui frappaient aussi les plus jeunes. Autre détail frappant : près de la moitié des décès de cet épisode se sont concentrés sur seulement trois jours, entre le 14 et le 16 août, après les journées les plus intenses en températures et étendue géographique. Côté géographie, toutes les régions ont été touchées, sauf la Normandie et l’Occitanie qui semblent avoir échappé au pire. La Bourgogne-Franche-Comté, elle, arrive en tête avec 140 décès en excès, probablement liée à une exposition longue durée particulièrement éprouvante.

Hôpitaux, Ehpad, domicile : où la chaleur a-t-elle vraiment tué ?

Un autre élément vient bousculer les habitudes. Pour ce troisième épisode, la répartition des lieux de décès s’inverse totalement par rapport aux précédents. Alors que le domicile était jusque-là le principal théâtre des drames, cette fois c’est l’hôpital qui concentre environ 50 % des décès, suivi du domicile avec 25 % et des Ehpad avec plus de 20 %. Une inversion qui interroge, mais que Santé publique France invite à interpréter avec prudence. Certains décès survenus à l’hôpital pourraient en réalité résulter d’une exposition antérieure à domicile ou en Ehpad, la frontière entre les deux n’étant pas toujours nette dans les statistiques. Autre point de vigilance : la part de mortalité directement imputable à la chaleur pour cet épisode n’est pas encore connue à ce stade. Le bilan reste donc provisoire, et les chiffres devront encore être consolidés.

Ce que révèle surtout ce bilan, c’est que la durée d’exposition à la chaleur peut parfois peser aussi lourd que son intensité, en particulier chez les personnes âgées. Les chiffres définitifs, attendus début 2027, permettront d’y voir plus clair et d’affiner les stratégies de prévention, notamment dans les Ehpad et auprès des seniors vivant seuls. Une chose est sûre : cet été 2026 aura durablement changé la façon dont on pense la canicule en France.