En 2024, le Registre électronique des arrêts cardiaques a recensé 64 694 cas d’arrêt cardiaque hors hôpital en France. Trente jours plus tard, 2 265 patients étaient en vie, soit 3,7%. Au Canada, la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC (Cœur + AVC), qui finance la recherche sur les maladies cardiovasculaires et l’accident vasculaire cérébral, estime à environ 60 000 le nombre d’arrêts cardiaques survenant chaque année hors de l’hôpital, soit un cas toutes les neuf minutes, avec une personne sur dix qui survit.

Les deux systèmes de soins sont organisés différemment. Les registres décrivent pourtant le même point faible : le délai qui précède l’arrivée des secours dépend presque toujours d’un témoin.

Arrêt cardiaque hors hôpital : ce que mesure le registre français

Le rapport annuel du Registre électronique des arrêts cardiaques (RéAC) donne une incidence de 95 cas pour 100 000 habitants en 2024, au-dessus de la référence européenne de 81,7. Plus de la moitié des cas (52%) surviennent devant un témoin. Parmi ces témoins, 59% commencent immédiatement une réanimation cardio-pulmonaire, et 41% ne font aucun geste dans l’immédiat.

Le défibrillateur reste peu utilisé : un défibrillateur automatisé externe a été posé chez 15,4% des patients, et l’appareil a délivré un choc électrique dans 32% de ces cas. Le choc électrique ne sert que si le cœur est en fibrillation ventriculaire ou dans un autre rythme dit choquable. L’appareil analyse ce rythme seul et ne déclenche aucun choc inutile.

Le registre rappelle aussi que 80% des arrêts cardiaques ont lieu au domicile, loin des défibrillateurs, installés surtout dans les lieux publics. Ses auteurs en concluent que la politique de santé publique face à l’arrêt cardiaque ne peut pas reposer surtout sur le déploiement des défibrillateurs automatiques, et qu’il faut d’abord former la population aux gestes de premiers secours et au massage cardiaque. La survie à 30 jours atteint 22% aux Pays-Bas et 25% à Seattle, selon les comparaisons citées par le RéAC.

Défibrillateur automatisé externe dans un boîtier mural orange
Un défibrillateur automatisé externe guide l’utilisateur à la voix et ne délivre un choc que si le rythme cardiaque l’exige. Photo : Wikimedia Commons (CC0).

La chaîne de survie québécoise s’appuie sur la formation

Les données canadiennes vont dans le même sens. Selon le rapport “Chaque seconde compte” publié par Cœur + AVC en 2024 à partir des données du Consortium canadien de recherche en réanimation, le taux de RCR pratiquée par un témoin varie de 42% à 72% selon les régions du pays. L’utilisation d’un DEA par un témoin plafonne à 13% dans les lieux publics. Près de la moitié des victimes d’arrêt cardiaque sont âgées de moins de 65 ans.

Au Québec, la formation passe en grande partie par les programmes de la Croix-Rouge canadienne. Le cours RCR/DEA de niveau C dure 5 heures en classe, ou 3 heures en classe et 3 heures en ligne, et couvre l’adulte, l’enfant et le bébé. Le certificat est valide trois ans, puis se renouvelle en 3,5 heures. En Outaouais, de l’autre côté de la rivière des Outaouais par rapport à Ottawa, des centres comme Secourisme RCR Plus donnent ces cours de RCR à Gatineau aux particuliers, aux milieux de garde et aux entreprises qui doivent avoir des secouristes en poste.

Le Québec a aussi travaillé sur la localisation des appareils. La Fondation Jacques-de Champlain tient depuis 2015 un registre provincial qui compte plus de 11 000 DEA enregistrés. L’application DEA-Québec permet de trouver l’appareil le plus proche, et le répondant médical d’urgence du 9-1-1 peut guider le témoin pendant le massage cardiaque.

La Suisse publie des données comparables sur cette réanimation guidée par téléphone. Le registre suisse SWISSRECA a évalué 7 567 cas d’arrêt cardiaque hors hôpital en 2024. La centrale d’urgence 144 en a identifié 68% au moment de l’appel, et 47,6% de ces cas ont fait l’objet d’une RCR guidée par téléphone. En Suisse comme au Québec, le régulateur ne peut guider qu’un témoin qui a reconnu l’urgence et composé le numéro.

Défibrillation précoce et arrêt cardiaque : les délais mesurés

Les sources des deux pays donnent des ordres de grandeur proches. D’après Cœur + AVC, chaque minute sans RCR ni défibrillation fait baisser les chances de survie d’environ 10%. Urgences-santé, le service préhospitalier de Montréal et de Laval, indique une baisse de 7 à 10% par minute et un taux de survie inférieur à 5% chez l’adulte au-delà de 12 minutes sans défibrillation. Des lésions du cerveau peuvent apparaître très tôt, faute de sang oxygéné, car la circulation sanguine est arrêtée.

La Fondation Jacques-de Champlain précise que l’utilisation d’un DEA dans les quatre premières minutes suivant l’arrêt cardiaque, combinée à la RCR, peut porter les chances de survie jusqu’à 75%. En France, le RéAC mesure un délai médian de 10 min pour l’arrivée des sapeurs-pompiers et le double pour le SMUR en 2024. Le temps gagné avant ces délais vient donc des personnes présentes sur place.

Ce délai aide à comprendre le faible taux de choc observé en France. La fibrillation ventriculaire est fréquente au début d’un arrêt cardiaque, puis le cœur évolue vers l’asystolie, une absence totale d’activité électrique sur laquelle la défibrillation n’a plus d’effet. Le RéAC relève que 4 patients sur 5 sont en asystolie quand le SMUR arrive, et que le délai médian entre l’effondrement et le premier geste de réanimation atteint 14 minutes.

Mains placées sur la tête d'un mannequin de réanimation pendant un cours de RCR
Exercice sur mannequin pendant un cours de réanimation cardio-pulmonaire. Photo : Wikimedia Commons (domaine public).

Arrêt cardiaque ou crise cardiaque : deux urgences distinctes

Les signes d’un arrêt cardiaque sont peu nombreux. La victime s’effondre, perd connaissance, ne réagit ni au toucher ni à la voix, et ne respire pas ou respire de façon anormale, par des mouvements lents et irréguliers que les témoins prennent parfois pour une respiration.

Le grand public confond souvent les deux. La crise cardiaque, ou infarctus du myocarde, vient d’un blocage de la circulation du sang vers le cœur, qui continue de battre. La personne est en général consciente et doit appeler le 15 en France ou le 9-1-1 au Canada sans attendre. L’arrêt cardiaque est un trouble du rythme : le cœur cesse de pomper, la victime perd connaissance et ne respire plus normalement. Un infarctus peut provoquer un arrêt cardiaque, mais la conduite à tenir change.

Face à un arrêt cardiaque, les étapes sont les mêmes des deux côtés de l’Atlantique : appeler les secours, demander qu’on apporte un défibrillateur, commencer les compressions thoraciques au centre de la poitrine à un rythme d’au moins 100 par minute, puis suivre les instructions vocales de l’appareil. Le RéAC note que 28% des réanimations par témoin incluent encore le bouche-à-bouche, alors que ce geste ne fait plus partie des priorités recommandées, surtout s’il n’est pas maîtrisé.

La formation du témoin a un effet mesurable. Une étude nationale française publiée en 2025, qui exploite les données du RéAC de 2011 à 2023, a comparé les patients selon le type de témoin présent. Quand le témoin était un professionnel de santé hors service, la réanimation commençait beaucoup plus souvent, et les patients avaient de meilleures chances d’arriver vivants à l’hôpital puis de conserver un bon état neurologique à 30 jours. Le même rapport du RéAC relève un écart entre les sexes : la survie à 30 jours est de 2,9% chez les femmes contre 4,2% chez les hommes, un écart que les auteurs proposent de traiter par une perspective de genre dans la formation et la sensibilisation.

Les registres français et canadiens arrivent à la même conclusion. La part de témoins formés à la réanimation cardio-pulmonaire est le premier maillon de la chaîne de survie sur lequel la population peut agir, quel que soit le pays.