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Le déni de grossesse : enceinte sans le savoir, mère sans le comprendre

©️ contato1034 / Pixabay
Le déni de grossesse : enceinte sans le savoir, mère sans le comprendre
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Le reportage « Le monde en face : Déni de grossesse, à mon corps défendant » de Marion Vaqué-Marti diffusé le 9 octobre 2018 sur France 5, remet le phénomène du déni de grossesse au grand jour. Ces grossesses qui n’étaient pas attendues sont particulièrement difficiles à vivre. Durant les longs mois de développements, parfois jusqu’au bord de l’accouchement, l’enfant ne se montre pas. Il grandit, caché de tous, en s’allongeant plutôt qu’en se mettant en boule, dans la position foetale habituelle.

Un déni de tous

Le déni de grossesse est un phénomène très particulier. Il pose énormément de questions à tout le corps médical, autant qu’à toutes ses femmes qui se retrouvent mères sans le savoir et à tous ces hommes qui doivent désormais assumer un rôle parfois non voulu.

Mère en déni

Le déni est un processus au moyen duquel la réalité va être modifiée. Les femmes souffrant de ce phénomène-là ne sont absolument pas conscientes de ce qui se produit, de ce qui se passe en elles. Dans beaucoup de cas, le corps ne change pas et les règles sont toujours présentes. Mais outes les histoires sont différentes.
Dans la plupart des cas, les femmes enceintes sans le savoir ressentent une gêne, un sentiment de malaise durant les mois de grossesse dissimulés. Une gêne qui va la poursuivre jusqu’au jour où l’annonce est faite. De plus, elles vivent dans une grande détresse, une détresse qui n’est absolument pas soutenue, ni par l’entourage ni par les médecins. Ce sentiment, souvent joint à un sentiment de solitude, n’est pas explicable pour les autres (et pour la mère elle-même). Il n’a pas de raison et de lieux d’être. Alors, il n’est pas pris au sérieux.

La médecine

Le corps médical est tout aussi soumis à ce déni que la mère. Eux ne veulent pas voir quelques choses qu’ils n’arrivent pas à expliquer. Il faut aussi admettre que lors du déni de grossesse, la mère va mettre en place de processus inconscients qui déclenchent des signes qui disent “je suis enceinte” tandis que d’autres signes pourront mettre les médecins sur une tout autre piste.
Pour la médecine, un déni est déclaré lorsque la femme n’a pas conscience de sa grossesse dans les trois premiers mois. Cette ignorance peut durer jusqu’à la naissance de l’enfant, et toucher toutes les femmes sans distinction.

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© Nattakorn Maneerat / iStock

Une grossesse qui aurait dû se préparer

L’annonce

Comment annoncer à une femme qu’elle est enceinte, voire qu’elle est sur le point d’accoucher sans qu’elle ne le sache ? C’est là que le déni prend toute son ampleur : lors de l’annonce. Cette annonce aura beau être douce, le choc sera lui toujours brutal. Les femmes sont sidérées par la survenue de cette nouvelle information.
Comment ont-elles pu passer tout ce temps sans se rendre compte que la vie grandissait en elle ? La psychanalyse et la psychologie apportent quelques points de réponse. Il existe notamment chez ces femmes des événements traumatiques, des blessures psychiques qui n’ont pu être soignées et soulagées. Le déni, le voile sur la réalité, prend sa source à cette blessure.

Le drame

Pour ces femmes, le déni est tel que même face aux preuves (les échographies par exemple) elles ne peuvent admettre ce qui se passe. “Le bébé ne peut pas être viable” , “j’ai un alien en moi” ou même “il n’y a rien c’est un mensonge, tout le monde me ment”.
L’enfant qui va naitre n’est pas prêt à être accueilli par l’esprit de ces femmes. C’est un étranger. C’est ainsi que l’on peut voir advenir des drames comme ceux des mères néonaticide. Ces femmes qui tuent leurs enfants dans les 24 premières heures suivant l’accouchement.
Anatomiquement, une femme ne peut que difficilement accoucher seule. Il lui faut quelqu’un pour l’aider. Sans aide, les douleurs lors de l’accouchement sont multipliées dans leur intensité et lors d’un déni, elles pensent perdre un bout d’elles-même.

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© O_Lypa / iStock

Construire une relation comme les autres avec son enfant

Le ventre qui advient

La grossesse est officiellement annoncée à la mère. Afin de pouvoir comprendre réellement qu’elle est enceinte, une femme doit pouvoir l’entendre d’une autre personne. À ce moment-là, la réalité prend naissance dans les mots de l’autre. C’est pour cela qu’une femme seule aura beaucoup de mal à investir psychiquement, a comprend et accepter, si elle n’est pas entourée. L’ignorance précédemment présente n’en est plus une.
Une fois l’ignorance rompue, il n’est pas rare de voir des femmes obtenir soudainement un ventre rond, proche de celui d’une “vraie” grossesse. Que ce soit dans la Bible, ou dans les mots d’Hippocrate, les cas de ventre soudain ne sont pas rares. Une fois que la femme comprend qu’elle va mettre au monde un enfant, ce dernier prend une place couchée, comme celle qu’il aurait dû avoir.

Surveillance

Après l’accouchement, même si la mère a compris ce qui venait de se produire, les services hospitaliers la mettent en grande surveillance. En effet, rien ne permet de savoir si cette mère sera sans un danger pour cette enfant qui n’a pas eu le temps d’être préparé. La plupart s’avéreront être de bonnes mères, mais dans le cas contraire, l’issu pourrait être dramatique.
Toutefois, il faut comprendre toute la culpabilité que va ressentir une femme mettant au monde un enfant dénié. Elle accouche, sans consciemment le vouloir, d’un enfant que consciemment elle ne désirait pas. Oui, tout se joue dans l’inconscient pour ces mères-là. Inconsciemment, cette enfant était voulue, mais leurs esprits n’en a pas décidé ainsi, et le leur à caché.

Pour finir

Une fois le petit au monde, il va falloir le soutenir et l’aime. Lui faire comprendre même si la grossesse n’a pas été comme celle des autres, sa mère n’en reste pas moins une mère, et sa vie une belle vie.
Le chemin pour découvrir d’où vient ce déni est long, et l’introspection qu’il nécessite est compliquée. Toutefois il est essentiel afin de permettre à ces mères d’accepter ce qu’il s’est produit, et de tirer un trait sur leur culpabilité.

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